«On est dégoûtés» : les Français désemparés face à une énième grève à la SNCF pour Noël

TÉMOIGNAGES - Système D, rachat de billet, entraide... Le mouvement social contraint les voyageurs à revoir leur organisation à la dernière minute.
«Je suis obligée de fêter Noël seule à Grenoble loin de ma famille parce que je viens de recevoir un mail de la SNCF qui m'annonce que mon train a été annulé», se désole Clara. Alors que dans l'imaginaire collectif les fêtes de fin d'année riment avec féerie et retrouvailles avec ses proches, de nombreux Français risquent de se retrouver à quai. En cause, une nouvelle grève à la SNCF en cette période de l'année. Cette fois, ce sont les contrôleurs qui réclament notamment une revalorisation salariale avec l'appui de Sud Rail et de la CGT-Cheminots. Le groupe ferroviaire anticipe que 200.000 personnes ne devraient pouvoir monter dans leur train, soit une personne sur quatre.
Clara, qui espérait retrouver ses proches à Paris, en fera partie. Elle pourra se consoler, toutefois, avec un remboursement à hauteur de 200% de son billet annulé, comme l'a annoncé le président de SNCF Voyageurs mercredi matin. Sur son compte bancaire, elle recevra donc le montant de son billet en double pour compenser une grève jugée «inacceptable» par la direction du groupe ferroviaire.
Depuis mardi matin, la nouvelle tombe comme un couperet par un simple message : «Votre train est supprimé en raison d'un mouvement social...» Peu d'informations complémentaires et aucune aide. De quoi susciter l'ire des principaux concernés. «C'est vraiment : “désolé mais débrouillez-vous”», peste Eva, 24 ans. La jeune fonctionnaire avait réservé un Paris-Nantes il y a un mois et demi pour la veille de Noël. Mardi matin, le message de la SNCF est venu bouleverser ses plans. «On l'apprend à la dernière minute et en plus ils ne proposent aucune solution de substitution», s'emporte Alice, contrôleuse de gestion de 28 ans, qui se dit «dégoûtée».
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Pour les naufragés du rail, il faut désormais trouver une alternative. Mission impossible, alors que cette période est déjà naturellement tendue. «Tous les autres trains sont complets. Les FlixBus sont hors de prix, tout comme les voitures de location», s'inquiète Eva. Résultat, les Français multiplient les systèmes D et l'entraide pour faire face. «Je devais aller à Rennes, finalement je vais à Granville à une heure de voiture et j'ai de la famille qui vient me chercher», explique Alice, qui s'estime tout de même chanceuse. Après plusieurs tentatives infructueuses, une amie d'Eva lui a soufflé une solution originale: «J'ai regardé les TER. Au lieu de Paris-Nantes, je fais Paris-Le Mans puis Le Mans-Nantes. Je rallonge mon trajet de trois heures, mais au moins j'arrive à destination», détaille la jeune femme, qui s'étonne que l'application SNCF Connect ne lui ait pas proposé cette solution.
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Pas de trains, ni de remboursements
Comme si ces difficultés ne suffisaient pas, le système de remboursement est kafkaïen. «C'est incroyable, il n'y a pas de remboursement automatique, s'emporte Alice, on doit se farcir des démarches alors que le problème vient d'eux !». Même mésaventures pour Sophie, une infirmière de 36 ans dont la mère et son compagnon devaient se rendre à Lyon depuis la Picardie. Pour annuler l'aller (déjà supprimé par les grèves), cette mère d'un bébé de sept mois a été contrainte de résilier le retour, sans savoir pourquoi. Elle a bien tenté de reprendre un billet, mais les prix sont passés à 292 euros contre 170 initialement. «Et on ne sait toujours pas si on sera remboursés», tempête-t-elle.
Cet énième mouvement social, dans une période particulièrement sensible, fait même flancher ceux qui soutenaient, jusqu'ici, les cheminots : «Je comprends le droit de grève, mais on ressent de la colère au moment de la nouvelle et quand on voit qu'il n'y a pas de solution», reconnaît Max, 26 ans, salarié dans la communication. «Je suis fonctionnaire, je comprends les grévistes mais là, c'est vraiment pénible», abonde Eva.
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Ce mouvement social de trois jours va particulièrement impacter les TGV. Pour vendredi, deux sur trois devraient circuler sur les axes Atlantique et Méditerranée, et un train sur deux sur l'axe Nord; la navette Paris Lille sera cependant quasiment normale. Trois TGV Est sur quatre rouleront. Trois Ouigo sur quatre devraient aussi circuler. Les Intercités devraient avoir des conditions de trafic normales. Si les détails ne sont pas encore connus pour samedi et dimanche, le trafic sera à peu près le même que vendredi, «avec un scénario légèrement dégradé», a annoncé Alain Krakovitch, directeur de TGV-Intercités.
Que les voyageurs soient avertis : les difficultés sont amenées à se reproduire. Un préavis de grève a été déposé à la SNCF pour le week-end du nouvel an. Et pour la suite, la réforme des retraites et les mobilisations sociales qu'elle engendrera, notamment au sein du groupe ferroviaire, se profilent déjà à l'horizon...
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BMMJL
le
Le respect des fêtes de Noël et de l'an pourrait aller de soi. Surtout de la part de professions réputées pour apporter une bonne sécurité de l'emploi et des revenus au dessus de la moyenne. Mais l'idée d'une trêve qui dépasserait les égoïsmes et profiterait aux moins favorisés en priorité ne fait visiblement plus partie de notre culture.
Félix86
le
Je vais continuer à privilégier longtemps l'avion et la voiture.
F Bordonado
le
Pourquoi ne pas supprimer les contrôleurs ? Le billet est scanné à l’entrée du quai. Que je sache, il n’y a pas de contrôleurs dans les avions. Pourquoi dans les trains ?